Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Je vous propose ici un extrait qui m'a beaucoup frappée du livre très inspirant de Bertrand Vergely : "Retour à l'émerveillement" (Albin Michel, Essais Clés). Ce livre a déjà fait l'objet d'une présentation et d'un condensé chez Mamalilou sur son blog Caplibre, dans un article de septembre dernier intitulé "Une faculté poétique", et c'est là que je l'ai découvert.
Dans cet ouvrage philosophique de 300 pages, il a d'abord évoqué les principes antiques et
classiques qui mettaient l'Esprit au premier plan ; puis il s'est penché sur la tentation de la négation qui a marqué l'essor scientifique et la grande déprime du XIXe siècle ; et dans le
chapitre que je vous propose d'évoquer, intitulé "résistance au nihilisme", il pose avec l'arrivée de Bergson les prémisses d'un retour "à l'émerveillement", qu'il comparera à la
stupeur du physicien face à la perfection de la nature - déjà connue de Pascal, mais partagée par Trinh Xuan Thuan si l'on en croit cet article, ou par Einstein à en croire cette citation. Dans ce
texte, ce qui est en italique y a été mis par l'auteur, alors que ce qui est en caractères gras vient de ma propre volonté de souligner certains passages.
« 1932. L'Europe assiste à la montée de l'hitlérisme en Allemagne, tandis qu'en Union Soviétique Staline fait régner un régime de terreur. Le nihilisme triomphe partout. Quoique hitlérisme et stalinisme s'opposent, ils se rejoignent sur un point. Tous deux sont fondamentalement pessimistes. [...] Tous deux ne croient qu'en la violence pour gouverner l'humanité. En France, Bergson publie "les deux Sources de la Morale et de la Religion". Les thèses qu'il y développe sont proprement révolutionnaires. Rationaliste et laïque, l'Université voit dans la Religion un asile d'ignorance et de fausseté. Elle croit en la Science pour sauver l'humanité. [...] Bergson prend le contre-pied de ce rationalisme laïque. On ne vit pas, dit-il, en pensant, comme le font les penseurs qui se veulent lucides, que la vie va à la mort et que l'humanité a été et sera toujours égoïste et donc violente. [...] On ne vit pas en étant nihiliste sous prétexte de ne pas être dupe. On vit en pensant que la vie est plus forte que la mort et l'esprit de l'humanité plus fort que la violence. La religion qui enseigne cela est de ce fait plus véridique que l'intelligence prétendument lucide. [...] Elle permet de vivre. Ce qui n'est pas si illusoire que cela. [...]
Il est courant, depuis Kant, d'opposer morale et religion, la morale étant rationnelle et la religion irrationnelle. Il s'agit là d'une erreur. [...] Appelons religion ce qui lie les êtres humains à la vie sous la forme d'une croyance en la force qu'il y a dans la Nature et dans la vie. Appelons morale ce qui lie les êtres humains à la société sous la forme d'une croyance dans la force et le génie qu'il peut y avoir dans l'humanité. Une chose saute aux yeux : tous les êtres humains ont à la fois une religion et une morale. Tous les êtres humains adhèrent à la Nature qu'ils considèrent comme une origine et un maître et à la société qu'ils considèrent comme leur avenir.[...]
Ce n'est donc pas la distinction entre morale et religion qui est pertinente, mais la distinction entre statique et dynamique. Il y a des religions et des morales closes et des religions et des morales ouvertes. Il s'agit d'aller du clos à l'ouvert. On va du clos à l'ouvert en allant de l'intelligence abstraite à l'intuition vivante et non, comme le fait l'Université rationaliste et laïque, de l'intuition vivante à l'intelligence abstraite. [...]
Il existe deux types d'intelligence : une intelligence primaire, l'intelligence
reptilienne, qui permet de survivre, et une intelligence évoluée, l'intelligence intuitive, qui permet de vivre. [...] Nous sommes très accrochés à notre intelligence reptilienne, c'est
la raison pour laquelle le monde perd son émerveillement. [...] Quand elle devient exclusive, cette intelligence nous limite en envisageant tout sous le mode de l'adversité. Ce qui la rend
agressive. D'où un cercle sans fin : comme elle est agressive, elle est agressée ; comme elle est agressée, elle devient agressive. Elle a beau jeu alors de croire en la fatalité et de devenir
pessimiste. [...] Le nihiliste se cache derrière le mal existant dans la réalité pour justifier son désespoir et sa révolte. Mieux encore, se pensant innocent, il rejette la
responsabilité du mal sur les autres, le monde et Dieu. Bergson remet les choses à l'endroit : ce n'est pas le nihilisme qui procède de la fatalité, mais la fatalité qui procède du
nihilisme. [...] On a une impression de néant quand on ne trouve pas ce à quoi l'on s'attend. Ce n'est pas la réalité qui est vide, c'est le sujet déçu qui l'est. [...]
Dire que la mort et la violence sont la vérité de la condition humaine est juste en théorie mais faux en pratique : ce n'est pas avec cela que l'on vit. Dire que la vie et l'esprit sont la vérité de la condition humaine est faux en théorie mais vrai en pratique : c'est avec cela que l'on vit. Il faut avoir la sagesse de choisir le pratique. On vit avec ce qui fait vivre et non avec ce qui fait mourir. La raison abstraite fait mourir. D'où la force de l'émerveillement : il fait vivre. Qui sait s'émerveiller donne au monde la force de vivre. Il terrasse le nihilisme en étant la preuve vivante que la vie est plus forte que la mort et l'esprit plus fort que la violence. »
Je suis décidément séduite par les poèmes de Maurice Carême mis en musique par Francis Poulenc sous le titre de "La Courte-Paille"... Ceux ou celles d'entre vous qui auront peiné à endormir un bébé - sous son ciel-de-lit étoilé ! - seront émus comme je l'ai été par la magnifique interprétation que fait le compositeur de ce délicieux poème.
Mais Poulenc (dont je vous invite vivement à visiter le site personnel mis en lien ci-dessus)
avait lui-même une âme d'enfant, marquée d'une grande tendresse et d'une grande innocence, comme le soulignent son petit nez à la retroussette (la remarque est de moi) et son intérêt pour
l'Histoire de Babar, de Jean de Brunhoff.
Voici le texte de ce premier des sept poèmes composant le recueil :
LE SOMMEIL
Le sommeil est en voyage ;
Mon Dieu, où est-il parti ?
J’ai beau bercer mon petit,
Il pleure dans son lit-cage,
Il pleure depuis midi !
Où le sommeil a-t-il mis
Son sable et ses rêves sages ?
J’ai beau bercer mon petit,
Il se tourne tout en nage,
Il sanglote dans son lit !
Ah ! Reviens, reviens, sommeil,
Sur ton beau cheval de course !
Dans le ciel noir, la Grande Ourse
A enterré le soleil
Et rallumé ses abeilles.
Si l’enfant ne dort pas bien
Il ne dira pas bonjour ;
Il ne dira rien demain
A ses doigts, au lait, au pain
Qui l’accueillent dans le jour !
Maurice Carême
Le Sommeil, mélodie extraite du recueil "La Courte-Paille" de Francis Poulenc, dans l'interprétation de David Lefort (ténor) et Philippe Guilhon-Herbert (piano) - CD Saphir Productions.
Si ce cycle de mélodies vous séduit vous aussi, ainsi que la personnalité du compositeur, vous pouvez prolonger votre découverte à cette page, grâce à une vidéo au cours de laquelle Poulenc explique pourquoi il les a composées, et où il en interprète deux autres au piano avec sa soprano de prédilection Denise Duval. Cependant la prise de son ancienne ne permet pas de percevoir le texte aussi clairement qu'on le souhaiterait, aussi pouvez-vous également le suivre à cette page...
Ces girafes, rencontrées au zoo-parc de Beauval, n'ont pas de petits...
Et pourtant, je ne résiste pas au plaisir de vous faire entendre le délicieux poème de Maurice Carême mis en musique par Francis Poulenc.
LE CARAFON
Pourquoi, se plaignait la carafe,
N’aurais-je pas un carafon ?
Au zoo madame la girafe
N’a-t-elle pas un girafon ?
Un sorcier qui passait par là
À cheval sur un phonographe
Enregistra la belle voix
De soprano de la carafe
Et la fit entendre à Merlin ;
Fort bien ! dit celui-ci, fort bien !
Il frappa trois fois dans les mains ;
Et la dame de la maison
Se demande encore pourquoi
Elle trouva ce matin-là
Un joli petit carafon
Blotti tout contre la carafe,
Ainsi qu’au zoo le girafon
Pose son cou fragile et long
Sur le flanc clair de la girafe...
Écoutons cette mélodie extraite du recueil "La Courte-Paille", dans l'interprétation de David Lefort (ténor) et de Philippe Guilhon-Herbert (piano).
Aux éditions Stellamaris vient de paraître mon recueil
Renaître.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.

Découvrez une revue jeune et pleine d'avenir ! (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Parvenue à son n°9, Shi-zen, ou "le féminin éthique et pas toc", est un magazine attrayant écrit par des femmes mais aussi par des hommes, pour des femmes mais aussi pour des hommes, dans une optique résolument écologique (imprimée sur papier recyclé bien sûr).
Ici la couverture du dernier n° paru.
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