Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)
Je l'écrivis sur un cahier d'écolier à l'âge de juste 12 ans, alors que j'étais en 5e... avant de l'exhiber triomphalement à mon professeur de français, comme c'était la mode, afin de lui demander un autographe.
Il prouve qu'en 1963 il faisait aussi mauvais qu'aujourd'hui !

Voici venu le juin,
Le « Très beau », le « Divin »,
Morne, noir, plein de pluie,
Où froides sont les nuits.
Le baromètre est bas
Et nous sommes tous las
Car le temps à l'orage
Nous ôte tout courage.
Ah ! Ce cher mois de juin !
Qu'en vienne donc la fin ;
Que juillet gentiment
Nous apporte un beau temps !
Vendredi, vingt-huit mai ; il pleut, il pleut toujours.
Le ciel entier se fond en des larmes amères.
Tout est gris, triste, sombre, et tous les fronts sévères.
Du rire vainement on attend le retour.
Les cieux ne grondent pas : il ne font que pleurer.
Les gens sont étonnés de la mélancolie
Qui les prend tout à coup ; sans arrêter, la pluie
Caresse les maisons et les fait frissonner.
Ma technique des vers s'était améliorée, mais par contre l'on voit qu'avec l'adolescence ma dépendance à la lumière, en matière de moral, s'était affirmée !

Voici cependant une image du ciel tourmenté de ces derniers jours où, si mon appareil n'a pas été trop mauvais, vous discernerez un nuage très noir derrière les arbres bien verts et les fleurs de lilas illuminés par le soleil du soir.

Mardi, à mon travail, j'ai été témoin toute la journée d'une féerie extraordinaire : les cerisiers du Japon avaient, sous les averses répétées, perdu leurs pétales en telle abondance dans la rue située sous mes fenêtres, que l'on marchait sur un tapis rose aussi épais et glissant que de la neige ; et bientôt le vent se leva et l'on vit s'envoler les pétales, qui tourbillonnèrent sous les bourrasques jusque devant les fenêtres premier étage ! C'était sublime, mais hélas je n'avais pas de quoi photographier... Quand je revins mercredi, non seulement une bonne partie de ce tapis avait été balayé, mais en plus le vent ne soufflait presque plus.
Voici cependant la photo que j'en ai prise : en regardant bien, vous discernerez peut-être encore quelques points roses en suspension.

Car une belle enfant était sur le rivage,
Laissant errer sur moi des yeux pleins de clarté,
Et qui me souriait d'un air tendre et sauvage...
Toi que transfiguraient la Jeunesse et l'Amour,
Tu m'apparus alors comme l'âme des choses ;
Mon coeur vola vers toi, tu le pris sans retour,
Et des cieux entrouverts pleuvaient sur nous des roses... »
Rehaussées par juste ce qu'il faut de couleur pour prendre vie, elles sont tout à la fois comparables à des tableaux d'artistes, et émouvantes comme des souvenirs d'un âge où la terre était encore fraîche et vivante, où l'air était encore pur et où l'on imaginerait presque l'humanité innocente...
Merci aux petits-enfants de Louis Lumière qui ont accepté la diffusion de ce superbe diaporama.

Rien ne semble changé
A l'été
Et pourtant
D'où vient ce tapis brun
Odorant
Et bruissant
Qui crisse sous nos pas
A la fois doux et volatile
S'ébouriffant au vent comme un tutu de papier
Les ombres s'allongent
Et les couleurs
Ce gris ce roux
Sont si riches et chaudes
Qu'on les dirait choisies
Par un artiste peintre
L'automne à petits pas
Vient danser dans la rue
Sautillant
Comme un elfe à bonnet vert
Et à tunique rousse
Qui clignerait de l'oeil

Toutous
Courez après les corbeaux
L'été s'en est allé

Un chemin qui ne va nulle part
Ou plutôt
Un chemin qui conduit vers ailleurs
Une autre dimension
L'automne est là qui tend les bras
Au bout
Le cocon s'entrouvre et tu marches dans l'air
L'arbre est le seuil
Une fumée une vapeur
Sous tes pas le gazon mouillé
Et puis
Plus rien







