Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)
Pour moi c'est comme si j'avais perdu un être cher.
Et cela m'a rappelé ce poème, écrit autrefois lorsque j'essayais de comprendre l'origine de mon sentiment d'insécurité.
A quoi bon chercher à comprendre ?... Je n'ai plus en tête que la chanson de Brassens :
J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre".
Image tirée du site Ephphata
Donne-moi ta petite main blanche
Où s'enchevêtrent des tiges fleuries de volubilis
Souris de ta petite bouche fine
Qu'égayent des corolles de liserons blancs
Penche ta chevelure précieuse
Entremêlée de glycine follette
Tu n'es qu'une fleur
O petite bien-aimée
Vers laquelle je me penche pour te respirer
De ta robe violette
S'exhale le parfum des gentianes
Et de ton buste blanc
Je ne vois que la forme en lys
Si je souffle vers toi
Pencheras-tu rêveusement sur le côté
Comme au souffle du vent
La fleur de mon jardin
Et si j'attends le soir
Fermeras-tu ta corolle aux rosées de la nuit
Et quand viendra le temps
Tomberas-tu flétrie en poussière à mes pieds
O grâce sois encore
Devant moi gigantesque
Comme le mur de mon jardin
Le paradis c’est tout petit
Sinon où suis-je qui suis-je que devenir
Il n’y a plus de paradis
Voilà ce qui arrive, quand on oublie ses amis...
Multiples facettes de ma vie
kaléidoscopique
Palettes métalliques où le soleil se joue
par éclairs successifs
Journées comme des oies de cirque
marchant de leur pas consulaire
à l’abattoir
Têtes royales tranchées
l’une après l’autre
Journées
Mes tranches de fromage
Où je me taille ici ou là un petit trou
pour oublier un peu
l’horreur du jeu
Journées pâles comme des jeunes filles
Flexibles comme des roseaux verts
exagérément étirées
Journées compactes comme de grands rochers
marquant ma route par jalons
de leur grondement de tonnerre
Journées étalées sur ma chaussée de ciment
Sur vous je joue à la marelle
à cloche-pied à contre-cœur
D’un mouvement toujours avant
toujours précaire
Sans espoir de retour
Sans espoir de repos
Terre où t’ai-je laissée
Mais où est donc le Ciel
Je vous aime
Vous êtes ma fée sans étoile
Vous dormez avec la baguette au doigt
Un fil d’or au bout des cheveux
Je vois maintenant si bien
Votre visage serein
Doux comme un pétale de rose
Que la nuit en est comme transfigurée
Tiède accueillante et bleue
Charmée de votre grâce et de votre abandon
Je vous aime
Mon ange des premiers temps et des derniers
Plus blond que l’étoile du berger
Imperceptible phare de ma route
Mon guide présent et invisible
Maintenant c’est Noël
Et tout devient visible
Même Dieu pour les hommes
Même l’amour enfoui
Au plus profond des cœurs
Et je chante
Je vous aime
Mon étoile aux mille branches qui resplendissent
Comme un feu de Bengale
Là où j’étais tu es
Et ce que tu étais je le suis aujourd’hui
Miracle des osmoses divines
L’amour se multiplie
Je suis partout je suis la Source
Et ce que j’aime c’est TOUT
Il évoque donc ce magma que fut le monde des praticiens en la matière dans les années 70-80, souvent non fiable et de plus soumis à des critères financiers tels que, faute de moyens suffisants, on était presque sûr de rester sur le carreau.
J'ai moi-même connu le même type de situation en 1976, et c'est à cette occasion que j'ai écrit les poèmes que vous trouvez sur ce blog et sur In Libro Veritas, regroupés sous le titre de "Labyrinthes et Flammes". Je devrai au moins à la praticienne fuyante et glaciale à laquelle j'ai eu affaire de m'avoir inspiré certains de mes poèmes les plus puissants - mais sans doute aussi les plus déchirants.
Par ailleurs je dois ajouter que si elle s'est lancée dans l'écriture de cette passe difficile, c'est grâce à l'intervention d'un autre psychiatre qui l'a aidée à se reconstruire ; et que de même pour moi, si je me suis tirée de la dépression dans laquelle j'avais été jetée, c'est grâce aux soins que me prodigua ensuite une autre praticienne, beaucoup plus expérimentée et humaine que la première.
La porte est sacrée
J’entre dans le silence
Où veillent trois dieux de marbre
Repos d’anges défaits
Et retentit alors un hurlement strident
A l’heure de la mort
Les martyre achevé
Elle soumise pleure
Aux sanglots de son âme arrachée
Son cœur gonflé égorgé
Gît à ses pieds comme un petit
Je la vois battre sa tête aux murailles
Dolente et gémissante
Suspendue par les bras aux tentures croisées
Crucifiez-la !
Ont-ils crié
Mais il n’y a personne
Personne que des anges qui dorment
Et les voûtes résonnent de son cri à la mort
Un hurlement strident
Qui a déchiré en deux la tenture béante
Déchiré en deux sa gorge
Un cri qui est sorti de son corps de sa tête tombée
Un cri sorti du couperet d’acier
Sorti des mains de l’étrangleur
Un cri à réveiller les anges
A tuer le diable qui emporte son âme
Un cri à détruire la voûte enfermée
A disjoindre les linteaux de sa croix
Mais c’est ma tête seulement qui éclate
Et je ne vois plus rien
Que la nuit de mes pleurs
On vous fait régresser dans l'enfance, vous dit-on... jusqu'à vous faire vivre votre naissance, peut-être ! Eh bien, j'étais pourtant très acquise au principe de la psychanalyse, mais là j'ai pu constater qu'il s'agissait d'une fumisterie notoire et j'applaudis le fait qu'on en soit largement revenu.
Car je suis totalement certaine que ma naissance s'est déroulée de façon beaucoup plus harmonieuse que ce que l'on en lit ici, et j'en veux pour preuve qu'à d'autres occasions j'ai pu régresser réellement, grâce à la sophrologie et au rebirth, et que malgré le mal que l'on a pu répandre sur ces pratiques je les ai vécues infiniment mieux, voire même en ai tiré un réel mieux-être. J'aurai peut-être l'occasion de vous en parler un jour.
En tous cas, je suis certaine - comme Clémentine l'est également de son côté - que la détresse décrite par ce texte était uniquement induite par la personne à laquelle nous avions affaire, et non à notre propre psychisme.
Mais vous, qu'en dites-vous ? Avez-vous un vécu aussi à cet égard ?
Chausson, comme ses contemporains Vincent d'Indy ou Guy Ropartz, voulait adapter le style wagnérien à la tradition française, et a souvent puisé l'inspiration dans la légende arthurienne - notamment avec son drame lyrique "le Roi Arthus" et son poème symphonique "Viviane". C'est ce qui motive mon allusion à Merlin l'enchanteur.
Il est seul
Ses ailes pliées contre son cœur
Il est seul et s’agenouille
Comme l’ange devant Marie
Il est triste
Et plus il est triste et plus il est vibrant
Plus se fait pénétrante la musique de son âme
La musique du désert
Sa nuque est si fragile
Qu’il n’y passe que ses cordes vocales
Sa poitrine si émouvante
Qu’il s’y ouvre deux larges blessures
Mais il est si sensible
Si doux comme une jeune fille
Que dès qu’on l’a touché
Il s’embrase d’amour
Il éveille le désir
Et le désarme aussitôt
Le métamorphosant
En détresse adorante
O violon inviolé
Prisonnier de l’archer qui t’effleure
Mais ne te blesse point
Tu es Merlin en son rempart
Aime et pleure d’aimer
La forêt t’accompagne
Et l’immense tristesse des arbres
Jusqu’en l’éternité
le début du "Poème" de Chausson,
interprété par Augustin Dumay et
l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
sous la direction de Manuel Rosenthal








