L'espace d'un instant.

Bourges la nuit
Photo Jean-Pierre Gilbert (gilblog)



     Étroite rue montante
     En pavés inégaux
     Vers une cathédrale
     Et je bascule hors temps


    Je l'emprunte et voici
    La maison du luthier
    Des odeurs de vernis
    Emplissent mes narines


    Le tablier jauni
    Les cheveux en bataille
    L'artisan me sourit
    Dans l'atelier obscur éclairé d'une lampe
   Au chaud miroitement


    Des crins d'archets y pendent
    Et des formes galbées attendant l'assemblage
    Reposent dans les coins
    De hautes contrebasses
    Un violoncelle ambré dépouillé de ses cordes


    Et l'odeur de la colle ou de la colophane
    Et celle des vernis qui imprègnent le bois
    Pénétrantes et douceâtres
    M'enveloppent et me grisent
    Les larges établis couverts de vieux outils
    Et les petits violons
    Qui pendent au plafond
    Tout me fait chavirer


    Une antique fenêtre ouvre sur une cour

    Pavée de pierres grises
    Entre des murs austères
    Et soudain retentit le son grave et pensif
    D'une cloche tout près
    La cathédrale est là puissante et protectrice


    Je suis au moyen âge
    Dans un cocon de rêve
    Très loin avant les temps
    Que l'on prétend « modernes » et qui ne sont qu'éteints
    Au tréfonds d'un passé où dans le cœur des villes
    Lorsqu'on gravit les rues

    Juste en dessous de Dieu qui règne dans la pierre
    Il y a l'Instrument qui vibre dans le bois
    Afin de Le chanter.

 

 


      Nota : ce poème s'inspire de la boutique de Jacky Gonthier située rue Bourbonnoux à Bourges, mais aussi de deux autres boutiques de luthiers que j'ai visitées, l'une à Orléans juste en montant vers la cathédrale, et l'autre à Tours, non loin de celle-ci.  

      Ce qui rend les instruments à cordes si attachants, c'est qu'il y a un contact charnel et sensible avec l'instrument dans son dépouillement et sa fabrication. On les fabrique comme des poupées, on les habille, on les pare... Et cet art qui tient de la magie se plaît en compagnie des vieilles pierres et de la spiritualité.

Jeu 22 jan 2009 14 commentaires
Tu me fais vibrer, Valentine ! Ton article me fait penser tout à  la fois à ma soeur et à son amour de contrebasse, aux ateliers de cordonniers, aux rempailleurs de chaise, et à Chartres, sa cathédrale et sa vieille ville labyrinthique. Que des bons souvenirs, et des mots qui me transportent, merci, mille mercis !
Lucie Trellu - le 23/01/2009 à 10h22
Oui, les pourtours de cathédrales sont vraiment des lieux magiques... Comme je suis heureuse d'habiter en France pour ressentir toute cette vibration qui monte de la terre, témoin de connaissances oubliées, mais non perdues !
Heureuse de t'avoir rappelé tout cela, car je ne savais plus comment évoquer cette odeur si particulière et si attachante qui règne chez les véritables artisans-luthiers (celui de Tours n'était qu'un revendeur ; mais à Bourges et à Orléans, les luthiers que j'ai connus savaient fabriquer des violons !)
Valentine
C'est magnifique cette ascension que tu nous offres
j'ai eu le sentiment de gravir marche après marche jusqu'au parvis de cette cathédrale
c'est étonnant l'incroyante que je suis est d'une sensibilité extrême à ces lieux dans lesquels je sens vibrer le sacré qui a présidé à leur édification
Et tu as raison de faire se rejoindre les parfums des luthiers
et ceux de nos grandes églises
tout ce qui nous fonde est là
dans l'arc que l'on tend en écho aux Dieux.

J'aime cette phrase
Très loin avant les temps
    Que l'on prétend « modernes » et qui ne sont qu'éteints


nos temps contemporains ne sont ils aps, eux aussi, muets de cette lumière intérieure, en manque de spiritualité?
Viviane - le 23/01/2009 à 17h26
Tu as raison ; l'odeur fabuleuse des vernis chez les luthiers peut être rapprochée elle aussi des odeurs d'encens qui règnent dans les cathédrales "habitées" - en particulier, dirais-je, dans une église comme Saint-Germain-l'Auxerrois qui abrite une fraternité monastique et reçoit des vapeurs d'encens au moins deux fois par jour . Heureusement que nous avons ces témoins d'une période féconde en foi pour alimenter notre aspiration spirituelle ; car, bien au-delà des religions qui ont toutes leurs défauts mais sont prévues pour être des béquilles, rien de plus, la spiritualité est aussi nécessaire à l'homme que l'air pour respirer. Et la musique est l'un des moyens pour y accéder - comme l'art en général.
Valentine
Au fait, je n'ai pas reçu ta newsletter pour cet article
mais je crois que c'est un bug général...
Viviane - le 23/01/2009 à 17h27
Moi non plus, je ne l'ai pas reçue, c'est vrai, je me suis aussi posé la question.
Valentine
Tu maries la pierre de l'édifice avec le bois du violon avec beaucoup de grace. L'année dernière je suis allé visiter la cathédrale de Bourges. Magie du silence et des lumières filtrées.
Patrick Duchez - le 24/01/2009 à 08h36
Je suis plus sensible à la magie des vieilles pierres spirituelles qu'à la sensualité des instruments, n'ayant pas connu une éducation musicale fort poussée. Cependant je comprends derrière tout cela, l'expérience qu'il y a derrière pour éprouver de tels sensations et sentiments. Ici, à Toulouse, il vente à faire voler les cordes des instruments... Mais ce n'est qu'une image !
Lyriann - le 24/01/2009 à 10h40
J'entends leurs mélodies au loin.
Nerveuse - le 24/01/2009 à 11h53
Vibrato, émotion on sent que tu es dans ton univers, en pleine communion avec lui. Je t'imagine gravir cette ruelle pavée et arriver dans la maison du bonheur, la boutique du luthier. Bonne semaine Valentine bisous
Crépusculine - le 25/01/2009 à 22h03
Bonsoir
J'aime bien vos textes et vos photos ..
Bonne soirée
Ghost - le 25/01/2009 à 22h11
Les dessins que je viens de découvrir sont supers aussi
Ghost - le 25/01/2009 à 22h12
Merci, Ghost !
Valentine
Magnifiques sensations que tu nous fais partager...
marlou - le 27/01/2009 à 21h21