L'espace d'un instant.
Puisque nous sommes le 13 février, c'est le moment d'évoquer ces oeuvres
du peintre Michel Salsmann et du poète, peintre et
compositeur Robert Bichet, intitulées :
« Mardi 13 février (ou une journée à vivre...) »
... Vous me direz que le 13 est déjà bien avancé... Mais le "Mardi" est encore
devant nous !
Je réactualise donc cet ancien article, rédigé initialement en juillet 2006 ; celui
qui le suit est en lien en bas de page. N'oubliez pas que, connaissant Robert Bichet assez intimement, je lui consacre également un blog (déjà cité par le lien ci-dessus), sur lequel il serait temps que je reprenne ces articles afin d'y présenter ces oeuvres très intéressantes. Vous pouvez aussi venir m'y
encourager...
***
Lorsqu'il vivait à Paris,
Robert Bichet fit la connaissance du peintre et graveur Michel Salsmann, et s'enthousiasma pour une de ses oeuvres, intitulée "Mardi 13 février" : c'est une lithographie représentant quatre baigneurs nus dans une piscine sans eau, alors que derrière la vitre il y a la mer...

Reproduction de "Mardi 13 février", lithographie de Michel Salsmann
Après en avoir obtenu de son ami l'autorisation d'utiliser son titre, Robert, conscient de la vision volontairement tristounette porté par celui-ci sur un quotidien grisâtre, décida d'écrire une série de "sept" (car c'est un chiffre sacré !) "Mardi 13 février", en y ajoutant la mention "ou une journée à vivre".
Pour le moment, il n'en a écrit que trois (et en restera peut-être là, puisque c'est aussi un chiffre sacré ?), qui possèdent entre eux ces deux points communs :
1 - ce sont des oeuvres dédiées à des groupes précis d'interprètes, et plus ou moins de commande.
2 - elles ont pour trame un poème du compositeur, toujours le même, tantôt dit, tantôt chanté, et toujours illustré à la fin par des diapositives projetées derrière les musiciens.
Ce poème, écrit par Robert Bichet en 1983 alors qu'il se trouvait à Naxos, dans les Cyclades, s'intitule "Escale", et le voici :
Bateaux dans le port de Naxos (voir le site)
ESCALE
Les bateaux se préparent lentement
Leurs antennes se tendent comme des doigts
La lune oublie d’éclairer cette nuit sans ombre
et le temps passe comme un chat silencieux
l’escale fugitive…
partir sans jamais arriver…
Tant d’espoirs foisonnant mais en vain…
Ce beau miroir d’argent
Ce ciel demi-ouvert
Et cette mort latente suspendue à son fil…
Ce pourrait être celui d’Ariane ou de Kronos
ou celui d’une attente mystérieuse.
Détestable araignée
tu tisses encore une histoire triste
et tes yeux de verre s’illuminent
comme ceux des cargos
qui vont bientôt partir
nonchalamment, paresseusement.
Et la nuit magicienne transportera leurs rêves…
Robert Bichet, Naxos, 15 juillet 1983
© "Parcours secret derrière Orion", Editions François Villon, 1997
(Idem)
Le premier "Mardi 13 février ou une journée à vivre" fut écrit pour le percussionniste Daniel Ardaillon et sa classe du Conservatoire de Montluçon - donc pour un ensemble de percussions comportant bien sûr vibraphones, xylophones et autres instruments harmoniques, auquel s'adjoignent des choeurs, un récitant, plus un violon, une clarinette et une trompette. Il fut donné en création par ses dédicataires au théâtre municipal de Montluçon le 12 mai 1987.

"Mardi 13 février" à Montluçon, dirigé par Daniel Ardaillon
Le second est le plus étonnant, et c'est celui dont je vais vous joindre ici deux extraits.
Passionné par tous les instruments de pointe, comme les ondes Martenot, les percussions nouvelles (gongs chinois, wood blocks, temple blocks, shimes...) ou les bandes de sons modifiés, il est naturel que Robert Bichet ait fait un jour la connaissance de Bernard Baschet, créateur de toute une gamme d'instruments dont le fameux "cristal" construit par Jacques Lasry, que l'on fait "chanter" en glissant dessus... (vous avez sûrement déjà expérimenté ce principe en passant votre doigt mouillé sur la circonférence d'un verre à pied).
Cette seconde oeuvre, agrémentée de voix, d'un violon, d'une flûte, d'un basson et d'un piano tenus par les exécutants mêmes de l'instrumentarium Baschet, fut créée le 19 mars 1988 au Centre Culturel Albert Camus d'Issoudun, sous la direction du compositeur.
Robert
Bichet en répétition avec les instrumentistes Baschet :
on peut voir au fond les feuilles métalliques où se réverbèrent les voix,
et devant les différents instruments avec leurs pavillons d'amplification.
Juste sous la partition à droite, un cristal, dont pendent les petits tubes.
En voici un premier extrait, où l'on entend les voix réverbérées par de grandes feuilles métalliques, et aussi le cristal - très doux et "magique" (ce sont des instants de la journée... ici très contemplatif vers midi)
Ici un second extrait, issu de la conclusion de l'oeuvre (dynamique, le soir), où, sur fond de "ressort" (cet instrument qui évoque une sorte de vrombissement sourd est en forme de ressort avec un haut-parleur, et s'utilise en frottant dessus avec une baguette), on assiste à un magnifique ballet de percussions rythmiques.
Quant au troisième "Mardi 13 février", il fera l'objet d'un prochain article...

Reproduction de "Mardi 13 février", lithographie de Michel Salsmann
Après en avoir obtenu de son ami l'autorisation d'utiliser son titre, Robert, conscient de la vision volontairement tristounette porté par celui-ci sur un quotidien grisâtre, décida d'écrire une série de "sept" (car c'est un chiffre sacré !) "Mardi 13 février", en y ajoutant la mention "ou une journée à vivre".
Pour le moment, il n'en a écrit que trois (et en restera peut-être là, puisque c'est aussi un chiffre sacré ?), qui possèdent entre eux ces deux points communs :
1 - ce sont des oeuvres dédiées à des groupes précis d'interprètes, et plus ou moins de commande.
2 - elles ont pour trame un poème du compositeur, toujours le même, tantôt dit, tantôt chanté, et toujours illustré à la fin par des diapositives projetées derrière les musiciens.
Ce poème, écrit par Robert Bichet en 1983 alors qu'il se trouvait à Naxos, dans les Cyclades, s'intitule "Escale", et le voici :
Bateaux dans le port de Naxos (voir le site)ESCALE
Les bateaux se préparent lentement
Leurs antennes se tendent comme des doigts
La lune oublie d’éclairer cette nuit sans ombre
et le temps passe comme un chat silencieux
l’escale fugitive…
partir sans jamais arriver…
Tant d’espoirs foisonnant mais en vain…
Ce beau miroir d’argent
Ce ciel demi-ouvert
Et cette mort latente suspendue à son fil…
Ce pourrait être celui d’Ariane ou de Kronos
ou celui d’une attente mystérieuse.
Détestable araignée
tu tisses encore une histoire triste
et tes yeux de verre s’illuminent
comme ceux des cargos
qui vont bientôt partir
nonchalamment, paresseusement.
Et la nuit magicienne transportera leurs rêves…
Robert Bichet, Naxos, 15 juillet 1983
© "Parcours secret derrière Orion", Editions François Villon, 1997
(Idem)
Le premier "Mardi 13 février ou une journée à vivre" fut écrit pour le percussionniste Daniel Ardaillon et sa classe du Conservatoire de Montluçon - donc pour un ensemble de percussions comportant bien sûr vibraphones, xylophones et autres instruments harmoniques, auquel s'adjoignent des choeurs, un récitant, plus un violon, une clarinette et une trompette. Il fut donné en création par ses dédicataires au théâtre municipal de Montluçon le 12 mai 1987.

"Mardi 13 février" à Montluçon, dirigé par Daniel Ardaillon
Le second est le plus étonnant, et c'est celui dont je vais vous joindre ici deux extraits.
Passionné par tous les instruments de pointe, comme les ondes Martenot, les percussions nouvelles (gongs chinois, wood blocks, temple blocks, shimes...) ou les bandes de sons modifiés, il est naturel que Robert Bichet ait fait un jour la connaissance de Bernard Baschet, créateur de toute une gamme d'instruments dont le fameux "cristal" construit par Jacques Lasry, que l'on fait "chanter" en glissant dessus... (vous avez sûrement déjà expérimenté ce principe en passant votre doigt mouillé sur la circonférence d'un verre à pied).
Cette seconde oeuvre, agrémentée de voix, d'un violon, d'une flûte, d'un basson et d'un piano tenus par les exécutants mêmes de l'instrumentarium Baschet, fut créée le 19 mars 1988 au Centre Culturel Albert Camus d'Issoudun, sous la direction du compositeur.
Robert
Bichet en répétition avec les instrumentistes Baschet :on peut voir au fond les feuilles métalliques où se réverbèrent les voix,
et devant les différents instruments avec leurs pavillons d'amplification.
Juste sous la partition à droite, un cristal, dont pendent les petits tubes.
En voici un premier extrait, où l'on entend les voix réverbérées par de grandes feuilles métalliques, et aussi le cristal - très doux et "magique" (ce sont des instants de la journée... ici très contemplatif vers midi)
Ici un second extrait, issu de la conclusion de l'oeuvre (dynamique, le soir), où, sur fond de "ressort" (cet instrument qui évoque une sorte de vrombissement sourd est en forme de ressort avec un haut-parleur, et s'utilise en frottant dessus avec une baguette), on assiste à un magnifique ballet de percussions rythmiques.
Quant au troisième "Mardi 13 février", il fera l'objet d'un prochain article...
Dim 13 fév 2011
9 commentaires
OB répare cela depuis le 28 à midi !! Et avait promis que ce serait prêt pour 18 heures ! Or à 22 h il n'y avait toujours rien, donc j'ai cherché d'AUTRES hébergeurs de mp3... Et là, ce fut la pagaille... Aucun des sites trouvé ne fut en mesure de me fournir une URL exploitable, et ce que vous avez vu hier soir était hébergé - après trois tentatives infructueuses - par fileHD, complètement nul comme les autres !
Ouf : ce matin j'ai pu recharger mes musiques sur OB... (tnote : l'article est en préparation depuis le 27).
Ouf : ce matin j'ai pu recharger mes musiques sur OB... (tnote : l'article est en préparation depuis le 27).
Valentine
- le 29/07/2006 à 09h40
- le 29/07/2006 à 09h40
magnifique est le mot, j'adore
j'adore Valentine, c'est... pas de mot
c'est prenant au possible
cette seconde partie avec ces frottements légers comme des ailes de papillon me fait penser à des percussions japonaises mais en moins inquiétant
mais comment se fait -il que le papa de tes filles ne soit pas davantage con nu, bon sang, c'est de la magnifique musique contemporaine qui sort des sentiers battus et qui a quelque chose à dire.
j'adore Valentine, c'est... pas de mot
c'est prenant au possible
cette seconde partie avec ces frottements légers comme des ailes de papillon me fait penser à des percussions japonaises mais en moins inquiétant
mais comment se fait -il que le papa de tes filles ne soit pas davantage con nu, bon sang, c'est de la magnifique musique contemporaine qui sort des sentiers battus et qui a quelque chose à dire.
Viviane - le 29/07/2006 à 22h33
Merci Viviane, cela fait chaud au coeur ce que tu dis là. Mais Robert a tout de même ses fans dans le monde musical : quelques amis isolés disons, ses interprètes en général, et il a réussi (sans le chercher le moins du monde, car il est à l'écart de tout) à faire éditer une pièce pour hautbois solo qui était dédiée à son ami Michel Giboureau, grâce à l'insistance de celui-ci à la faire jouer par les élèves de sa classe. On joue aussi pas mal son "Parcours secret derrière "Orion", une pièce écrite pour la classe de saxophones du Conservatoire, et que le professeur fait connaître autour de lui aux autres classes : finira-t-elle par être éditée ?
Oui, Robert dès sa rencontre avec moi m'a frappée par sa personnalité hors du commun et son énorme créativité. Mais c'est aussi un écorché vif dont la priorité est d'apporter quelque chose aux gens, et s'il est connu à Issoudun, c'est surtout en tant qu'ami de tous, et surtout des plus simples. Sa musique n'est pas du tout comprise, mais on l'aime parce qu'il sait se faire aimer...
Oui, Robert dès sa rencontre avec moi m'a frappée par sa personnalité hors du commun et son énorme créativité. Mais c'est aussi un écorché vif dont la priorité est d'apporter quelque chose aux gens, et s'il est connu à Issoudun, c'est surtout en tant qu'ami de tous, et surtout des plus simples. Sa musique n'est pas du tout comprise, mais on l'aime parce qu'il sait se faire aimer...
Valentine
ROSE - le 30/07/2006 à 11h09
Je découvre avec un grand bonheur et d'une façon admirative ton blog où les mots sont sublimes,mariés avec des illustrations trés intéressantes..bravo bien à toi
souviens toi - le 30/07/2006 à 16h55
merci pour cette agréable et originale découverte.
passe une bonne soirée
arielle
arielle - le 13/02/2011 à 19h59
Merci Arielle ! Toi aussi !
Valentine
tu en parles avec passion...
besos
tilk
tilk - le 13/02/2011 à 23h36
Il est vrai que c'est assez passionnant... Bonne nuit, Tilk ! Besos !
Valentine
Bonne fête ma Valentine, gros bisous tout doux
Amitiés, Flo
Flo-Avril - le 14/02/2011 à 10h31
Merci, Flo.
Et toi, en as-tu profité de cette Saint-Valentin ?
Valentine
Félicitations à Robert pour cet excellent poème, et bonne St Valentin Valentine, bisous
Crépusculine - le 14/02/2011 à 21h26
Bises, Crépusculine, bonne nuit !
Valentine
Sinon le poème est très beau, j'aime beaucoup l'image des yeux de verre
cela me fait penser aux poissons que nous voyons à fleur d'eau dans les mers des Antilles.
j'espère que OB va réparer cela dans la journée...